Films vus récemment  posté le mercredi 11 mai 2011 11:37

Blog de cineleo : CINELEO, Films vus récemment



Road to nowhere

C'est une "leçon de cinéma" - mais l'expression n'est pas uniquement à prendre dans son sens le plus flatteur. Hellmann nous donne un cours, en plusieurs parties: qu'est-ce que cela implique de faire un film pour ceux qui l'écrivent, le réalisent et le jouent, qu'est-ce que l'on donne de sa vie dans son oeuvre et de son oeuvre dans sa vie, qu'est-ce que l'on gagne à créer, quelles plumes on y laisse. Il agrémente son cours magistral de citations verbales et filmiques, et met en pratique sa théorie à travers sa mise en scène. La leçon est un peu confuse et poseuse, comme ces discours interminables de profs passionnés et cultivés qui se noient à loisir dans des flots de digressions et d'anecdotes, en partie pour étaler leur science, oubliant de structurer et d'aller à l'essentiel. Cela reste malgré tout un film possédant d'évidentes et grandes qualités: des personnages qui tiennent la route, des acteurs qui nous y font totalement croire, et donc surtout derrière la caméra, on y revient, un artiste qui aime le cinéma, en parler, en faire, en inventer des idées puissantes et jamais vues, comme entre autres ces dix premières minutes ahurissantes et ce dernier plan, qui valent presque à eux seuls le déplacement. J'espère que Macadam a deux voies est une illustration concrète de tout ce qui est développé un peu abstraitement ici, je ne devrais pas tarder à vérifier.




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Ordet

C'est un film qui m'a donné le sentiment pas très agréable de me flanquer un coup de poignard dans le dos, parce qu'alors que j'étais vraiment prêt à l'aimer, voire à beaucoup l'aimer, voire à beaucoup beaucoup l'aimer, il m'a, à ma grande stupéfaction, dévoilé, à la toute fin, son vrai visage, totalement indéfendable, puisqu'en gros, ce que nous dit Dreyer ici, c'est que ceux qui ne croient pas en Jésus peuvent crever, et que seuls les autres seront sauvés. Et qu'il le dit avec insistance, en prenant bien soin de gommer définitivement toute une ambiguïté installée pendant deux heures - la dimension chrétienne de l'oeuvre était jusqu'alors évidente, mais sa dimension extrémiste très bien dissimulée. Bon... Après oui, c'est superbement filmé, mené, narré, monté, tout ce qu'on veut. Mais si c'est pour dire ce genre de choses, en ce qui me concerne, non merci. C'est d'autant plus dommage qu'en enlevant ce final, le film fonctionnait quand même, on tenait vraiment une très belle méditation religieuse, emplie de foi mais en ouverture, évitant tout prosélytisme bêta. Une seule scène (de plus très dispensable, c'est ça le pire) suffit à faire basculer l'ensemble du mauvais côté.




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L'ami américain


Peut-être bien ce que j'ai vu de plus convaincant jusqu'à présent d'un cinéaste que j'ai toujours pensé aussi doué en tant que filmeur que médiocre conteur. Il sait montrer l'errance, la perte d'identité, le fait de se retrouver étranger à soi-même, mais il ne sait pas vraiment bâtir une histoire à partir de cela. Ce n'est pas un problème en soi, mais ça en devient un quand on sent que malgré tout, l'intention est là. Ce film, sur sa base de thriller, est très Wendersien: la mise en scène accompagne formidablement la transformation d'un type ordinaire en tueur, qui ne sait même plus à la fin ce qui le motive à tuer, s'il souhaite par ce biais aider ses proches ou si le germe du mal à définitivement pris racine en lui. Plusieurs scènes sont formidables, mélangeant suspense et vertige de voir en soi-même une autre personne, un inconnu. Le souci est donc que le film veut aussi raconter quelque chose, et qu'il ne le fait pas de manière convaincante. On ne comprend pas qui joue quel rôle dans cette histoire, on ne comprend pas pourquoi ce type se fait manipuler aussi facilement, on ne comprend pas la dernière demi-heure, qui paraît expédiée... Wenders est avant tout un cinéaste d'ambiance, et d'ailleurs dès qu'il fait un pur "film à scénario", c'est la cata (Don't come knocking, Rendez-vous à Palerme) . L'ami américain, flirtant avec les deux genres, n'est donc pas encore le film de la réconciliation définitive avec lui, mais content quand même de l'avoir vu.




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Tomboy

On pourrait y voir un enième film français au féminin sur le passage à l'âge adulte, on aurait peut-être pas complètement tort mais surtout pas complètement raison. Tout d'abord, le personnage n'est pas encore dans l'adolescence, mais à ce moment où les choses n'ont pas encore basculé, où l'on a toujours les deux pieds dans l'enfance mais que l'on s'apprête à en tendre un vers autre chose, sans le savoir vraiment. Céline Sciamma capte totalement ces instants où, sans qu'on le réalise, se façonne petit à petit notre vision du monde et notre positionnement. Ensuite, c'est aussi et surtout un film magnifique sur la honte et l'inhibition, sur tout ce que l'on croit devoir cacher au regard de l'autre, le double jeu douloureux auquel invite un jeu social qui nécessite de trouver le juste équilibre entre sincérité et tension vers l'autre, mais aussi préservation de son intimité et de son jardin secret - c'est un film sur tout ce que l'on imagine devoir protéger en soi, à raison ou non. J'avais beaucoup aimé Naissance des pieuvres à sa sortie avant de le réévaluer un peu à la baisse, celui-ci confirme totalement les promesses du premier, et me rappelle au passage pourquoi je l'avais tant aimé - il y a chez cette réalisatrice un talent à distiller une sensibilité, une complexité et une vérité dans les figures les plus simples que je trouve vraiment très rare.







Le pigeon

J'en gardais un souvenir de comédie italienne un peu bruyante et poussiéreuse mais c'est, à tous les niveaux (écriture, photographie, cadrage, montage, direction d'acteurs, rythme, efficacité...) absolument génial.


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La solitude des nombres premiers  posté le mercredi 11 mai 2011 11:31

Blog de cineleo : CINELEO, La solitude des nombres premiers


Bon, j’aime assez peu.
C’est un film qui m’apparaît constamment en recherche – d’effets, de virtuosité, de tension, de justification, d’explications psychologiques. Je vois beaucoup de volonté et d’effort, mais trop peu d’évidence. C’est quelque part à mes yeux l’exact opposé de Tomboy. Là où le Sciamma aborde avec une limpidité absolue des thèmes extrêmement profonds, celui-là, avec sa structure de puzzle et ses brouillards narratifs (l’évolution physique des personnages dans le temps, c’est juste absolument n’importe quoi), me paraît vouloir opacifier une histoire assez basique de rencontre entre deux solitudes.
Voilà, c’est pas non plus insupportable, y a des choses qui fonctionnent, quelques séquences efficaces, sur le papier l’histoire était vraiment pour moi et aurait pu me bouleverser mise en scène par quelqu’un d’autre, mais là, je trouve ça vraiment mineur, et très symptomatique d’un cinéma italien en totale crise d’identité, aussi incapable de faire table rase du passé (ces références au giallo, au-delà de la coquetterie en forme de clin d’œil pour initiés, ça apporte vraiment quelque chose ?...) que de s’ouvrir intelligemment à l’avenir (cette mode de déstructurer la chronologie et le montage pour mieux incarner le chaos intérieur, ça devient tellement éculé, franchement…)
Ce que je sauve, malgré tout : l’utilisation de la musique, formidable ; la jeune comédienne assez épatante qui joue Alice adolescente; et le dernier quart d’heure du film, où enfin, j’ai eu le sentiment qu’il cessait de vouloir passer en force, et qu’il commençait à un peu s’abandonner.

 

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Derniers films vus (du dernier au plus vieux...)  (Critiques de films) posté le samedi 27 mars 2010 18:28




Connu en France sous le titre Quand la panthère rose s'emmêle


Aussi bon que dans mon souvenir, c’est-à-dire que c’est un peu à la comédie ce qu’un French Connection peut être au polar : une pure référence de rythme et de mise en scène où l’efficacité comique est à son maximum à chaque minute.
J’ai bien envie de m’enchaîner toute la série.

 

 




Impossible à détester... mais hélas aussi impossible à aimer.

Impossible à détester parce que c’est un film personnel de la première à la dernière seconde, sans aucun compromis, possédant une exigence qui donne envie de se mettre à sa hauteur.

Impossible à aimer parce qu’extrêmement mal-aimable tout simplement, mais, et c’est là le problème, je ne suis pas sûr d'en voir la justification.
Filmer des gens vides de tout sentiments implique t-il nécessairement de les filmer comme des cadavres ?
Faire un film sur l’autisme des relations humaines implique t-il nécessairement de faire un film lui-même autiste, sans enjeux dramatiques pour lui donner corps ?
En gros, faire un film sur la mort de la pensée implique t-il de faire un film sans vie ?
Les questions peuvent se poser. Mais je suis tenté de dire non à toutes, car le malaise nauséeux ressenti en sortant du film n'excuse pas complètement l'ennui éprouvé pendant la projection, et que cet ennui risque d'empêcher le film de me hanter autant qu’il aurait pu.

Enfin, Claire Denis en a dans le ventre, sans aucun doute, et si c’est un film raté, c’est un film raté qui d’une part suscite le respect, d’autre part ne me dissuade absolument pas de creuser sa filmo, bien au contraire.







L’Algérie coloniale sous le regard de trois sœurs, impliquées dans les évènements chacune à leur façon.
Joli film, lumineux et tragique, tout en subtilités. Marianne Basler était vraiment une comédienne épatante, dommage qu’elle ne fasse plus que du théâtre.







Une bonne grosse blague.

Ce n’est pas péjoratif : une bonne grosse blague, ça peut avoir une profondeur, quand elle est signée d’un artiste pour qui l’humour est franchement la politesse du désespoir.
Une bonne grosse blague, ça peut être hyper plaisant à regarder, quand c’est tourné par un auteur qui maîtrise totalement l’outil cinéma, le cadrage, la lumière, et qui sait utiliser avec génie le potentiel déglingué de ses acteurs.
Une bonne grosse blague, ça peut surtout complètement enterrer beaucoup de films se prenant au sérieux, mais ne pissant pas à moitié aussi haut ; et ça peut aussi être beaucoup plus drôle que bien des comédies à l’humour soi-disant plus élaboré.

Voilà, à chaud, je trouve pas ça vraiment majeur, je pense pas en garder énormément de choses, pour moi c’est avant tout une bonne grosse blague, mais des bonnes grosses blagues qui réussissent à exprimer sans trop y toucher un tel vertige existentiel, j’en vois pas si souvent que ça… et j’aimerais.

 




J’ai envie de me concentrer sur ce qui m’a plu, la sublime première demi-heure qui m’a renvoyé aux plus beaux moments d’insouciance de ma vie, le naturel absolu, toute en intériorité des comédiens, ces images presque volées de regards, de jeu dans l’herbe, cette maîtrise visuelle des éléments, feu, air, eau, terre.
Mais le problème est que j’ai quand même vraiment senti l’heure et demie passer, parce que le seul personnage qui m’a vraiment touché (celui de Sam Shepard) est au final relativement secondaire, que les autres ne m’inspirent pas grand-chose (à part un peu de mépris pour la manière dont ils le traitent), qu’à partir du moment où lui disparaît, mon intérêt disparaît également.
J’ai cru un long moment m’être réconcilié avec Malick, ce sera hélas pour la prochaine fois... ou pas.

 

 





La vie et rien d’autre – Bertrand Tavernier


Dense, imposant, romanesque : sans doute l’une des mises en scène les plus impressionnantes et abouties de Tavernier. Et un récit historique qui réussit à ne pas m’ennuyer en 2h11, c’est assez rare pour être noté.

Je ne sais pas ce qu'il manque pour en faire un très grand film, assez peu de choses en fait, peut-être encore plus de mise en danger chez des acteurs qui font très bien leur boulot, mais donnent un peu l’impression de faire leur boulot justement.







Secret défense – Jacques Rivette


Pas vu dans les conditions idéales, j’ai dû interrompre la projo pendant un long moment pour raisons indépendantes de ma volonté, et c’est dommage car je pense que le pouvoir du film joue beaucoup sur la durée... Me ferait plus avoir comme ça avec Rivette. Quoi qu’il en soit j’ai apprécié de découvrir son cinéma, avec ce film très simple et très bizarre, limpide dans son déroulement mais gardant toujours un certain mystère sur ses intentions profondes, à l’image de ces personnages très francs dans leurs rapports humains, mais aussi porteurs de secrets totalement inavouables. Il y a quelque chose de presque surréel qui émane de ces images léchées et composées minutieusement, mais où flottent toujours un tas de points d’interrogation et de suspension... Magnifique séquence, à cet effet, où le personnage de Sandrine Bonnaire (immense, comme d’hab) est filmée, avec tous les détails du trajet, voyageant de la gare d’Austerlitz jusqu’à Chagny, ça m’a rappelé The brown bunny: on voit juste une personne dans un moyen de transport pendant de nombreuses minutes, ça pourrait être poseur et barbant, mais c'est à la fois rempli de vie et totalement intriguant.

Après, si je n’arrive pas à adorer, je doute que ce soit uniquement à cause des conditions de visionnage, mais sans doute aussi parce que c’est surtout intellectuellement que ça me stimule, et que le film me paraît plus intéressant quand il contemple et pose des questions (le début et le milieu) que lorsqu’il veut raconter et donner des réponses (la fin). Encourageant pour une première approche de Rivette en tout cas.







Les scènes d’intérieur sont magistrales.
Les scènes de bataille, je n’y comprends rien et ça me gonfle.
Les premières sont heureusement beaucoup plus nombreuses que les secondes.

Mis à part la perfection formelle absolue, ce que j’adore chez Kurosawa, c’est cette espèce de double niveau de lecture, où le drame mélancolique sur la droiture et l’honneur cotoie toujours la comédie désopilante, peuplée de magnifiques pantins absurdes.

Après, si je ne m’y ennuie pas comme certains, je pense cependant que la force du film aurait été décuplée avec une bonne grosse demi-heure en moins.

 

Othello – Orson Welles

Première demi-heure insupportable, où Welles expédie très vite tout ce qui le gonfle dans l’intrigue mais qu’il est bien obligé de présenter en guise d’introduction : on n’y comprend rien, les plans ne durent jamais plus de 10 secondes, c’est quasi-insoutenable.

Ensuite le film commence, et là c’est autre chose : une vraie démonstration de ce que le cinéma peut apporter au théâtre. Avec son atmosphère de film d’horreur, Othello enchaîne les effets visuels sidérants, mais toujours pour faire corps avec l’émotion du texte de Shakespeare, et – spéciale dédicace à Sokol – on n’a par conséquent jamais l’impression d’être face à une œuvre littéraire. C’a beau manquer de limpidité (Orson s’adresse visiblement avant tout à ceux qui connaissent bien la pièce), il y a une identité artistique forte, qui me donnerait presqu’envie de re-tenter une nouvelle fois, pour de bon, quelque chose que je n’ai encore jamais réussi à faire : voir Citizen Kane jusqu’au bout.








Les amants de la nuit – Nicholas Ray


Premier long-métrage de Ray. La maîtrise esthétique est déjà évidente, mais côté narration et direction d’acteurs j’ai une très nette préférence pour La maison dans l’ombre ou La fureur de vivre.

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Et encore avant...  (Critiques de films) posté le lundi 15 mars 2010 01:54

ATTENTION SPOILERS IMPORTANTS

ATTENTION SPOILERS IMPORTANTS

ATTENTION SPOILERS IMPORTANTS

ATTENTION SPOILERS IMPORTANTS

Alors:

Côté fond, désolé mais je refuse de penser qu'un film - Spoiler : où un personnage découvre un secret d'Etat en trois clics sur google dans une chambre d'hôtel miteuse  -  soit pertinent par ce qu'il raconte. J'imagine donc que c'est la manière de raconter qui présente un intérêt.

Côté forme, donc. Si on définit une bonne mise en scène par de beaux plans bien cadrés et composés, bien agencés entre eux via un montage fluide, convoquant tout un patrimoine cinématographique, à la rigueur, OK.

Si on définit une bonne mise en scène par la capacité de donner une ampleur, une vie et une force à ce qu'on représente, là non, plus du tout d'accord. Le film m'a paru totalement à l'image de son interprète principal: d'un lisse et d'un inexpressif confinant vraiment à l'anecdotique. Pour moi, chez les comédiens, il n'y en a qu'un seul qui s'en sort: Brosnan. Là, je vois quelque chose, un personnage, un mélange de puissance et de fragilité, d'assurance et de dépendance... Pas de bol, on le voit un peu au début, puis il disparaît, avant de revenir un peu, et de re-disparaître

A cet effet, de nombreux défenseurs du film disent qu'il encore plus passionnant par ce qu'il ne montre pas que par ce qu'il montre. Ben oui, mais le problème est là pour moi. On devine plein de non-dits dans les relations entre les personnages, plein de secrets, de zones d'ombre, mais non, jamais le film ne va s'y aventurer, il va rester dans la paperasse, les conversations de salon. Je pense même que ça se termine là où ça aurait pu commencer: - Spoiler : cette idée d'un homme politique manipulé par sa femme à la CIA, la relation coeur/pouvoir, c'est passionnant ! Mais non, McGregor trouve le secret, se fait buter et on en reste là...  -

Alors oui, la mise en scène en adéquation avec le thème des faux semblants (argument qu'on nous sort un peu trop souvent pour justifier tout et n'importe quoi, je trouve, personnellement), oui, la relecture de La mort aux trousses, oui le lien entre le récit et l'histoire personnelle de Polanski, oui le côté fiction qui annonce la réalité... Oui, d'accord. Mais si l'émotion n'est pas là, tout ça, je m'en tape.

Je concluerais bien par le classique "mais je suis peut-être passé à côté, une seconde vision me ferait peut-être changer d'avis", tout ça tout ça - le souci est que je connais quand même ce réalisateur et que je sais assez vite faire la différence entre un film de lui que je trouve majeur ou mineur - je classe celui-là clairement dans la seconde catégorie.

 

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Un peu avant j'avais vu...  (Critiques de films) posté le lundi 15 mars 2010 01:48




Certains se demandaient ici il y a quelques jours quel était le sens du film, d’autres suggérant que ce pouvait être tout simplement "la guerre c’est mal" .

C’est marrant, pour moi, jamais, à aucune seconde, ce n’est le propos du film (pas plus que de dire de la guerre que c’est bien, d’ailleurs).
J’ai eu l’impression de revoir Point Break : l’histoire d'hommes en recherche permanente d’adrénaline. Kathryn Bigelow traite à nouveau ce thème du besoin de flirter avec le danger, pour se sentir vivre plus intensément, la dépendance et l’addiction au risque qui en découlent.

Cela fait de Démineurs une oeuvre profondément honnête à mon avis : si j’ai très souvent l’impression que les films sur la guerre font semblant de la dénoncer pour mieux en faire un spectacle, ici l’excitation de la violence, la décharge d’hormones qu’elle peut procurer, est le sujet même, à travers l’histoire d’individus pour qui le combat et la mort sont littéralement devenus une drogue.

Le film nous montre ainsi les montées de cette drogue, tout comme les descentes : chacun aura à en payer le prix, qu’il soit physique, psychologique ou relationnel.

Alors je ne pense pas que Démineurs soit irréprochable, le sentiment d’urgence procuré par sa brillantissime mise en scène se serait exprimé à plein potentiel si le film avait été un peu plus resserré, et équilibré : dommage à cet effet de ne faire éclater la hargne, l’angoisse et la détresse de ces combattants qu’à la fin, là où d’autres moments comme ceux-là, mieux disséminés auraient permis une meilleure respiration (et m’auraient évité deux/trois décrochages, causés par une action trop sans cesse soutenue).

Mais d’une part je pense que c’est un film riche, sans doute très intéressant à revoir pour mieux examiner la manière dont chaque personnage gère (ou ne gère pas) justement ce rapport à l’adrénaline, d’autre part, pour une fois qu’un film qui m’apparaît vraiment subversif sur la nature humaine rafle un oscar, je vais pas m’en plaindre.

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