
POST AVEC SPOILERS
Bon... Par quoi commencer ?
Par le fait que je n’ai pas trouvé ça si éprouvant, peut-être
parce que j’entends depuis un an que c’est ce qui
s’est filmé de plus insoutenable et qu’il était dur
d’égaler une telle réputation, plus sûrement parce que si
j’ai du mal à supporter les supplices physiques (raison pour
laquelle j’ai difficilement tenu face à Eden Lake ou
Kinatay de Mendoza), ici, ils sont certes très présents
mais ne sont qu’un moyen de parler d’autre chose,
finalement. D’amour blessé, de complicité dans la souffrance,
d’envie de tout partager avec la personne que l’on aime
y compris les pires choses – surtout de douleur, celle qui
peut complètement détruire ou dont on peut se relever plus fort,
celle qui peut aussi rassembler les gens dans son expérience
commune, où l’on peut avoir envie de descendre pour y puiser
une vérité, une connaissance.
Le sujet est ambitieux, et il est magnifiquement traité pendant
près d’une première heure éblouissante et bouleversante,
portée par une rage, une efficacité et un amour passionnel du film
de genre qui entraîne le spectateur dans un tourbillon
d’émotion fortes assez rarement ressenti récemment, pour ma
part.
Puis arrive cette histoire de secte qui torture pour faire
entrevoir l’au-delà. Et là, à mon sens le film se prend les
pieds dans le tapis. Parce que ce qu’il suggérait très
intelligemment jusque là, cette idée que la souffrance pouvait
aussi être un vecteur d’union, une recherche personnelle pour
"voir" ou "partager" quelque chose, cela donc, il se met à le
clamer plus grossièrement - je n’ose pas dire vulgairement
. Ce qui avant n’était
qu’empathie désespérée se transforme en observation clinique
beaucoup moins intéressante, pour ma part – on sent
qu’en filigrane l’histoire d’amour est toujours
présente et que c’est toujours elle qui motive Laugier en
premier lieu, mais il aurait à mon sens fallu l’intégrer bien
plus encore à cette partie. Peut-être aussi que je trouve Morjana
Alaoui moins bonne comédienne que Mylène Jampanoi, et qu’à
partir du moment où celle-ci disparaît, ça perd en intensité. Je
sais en tout cas qu’à ce moment précis j’ai eu le
sentiment de voir le film tomber dans quelque chose de plus douteux
et mécanique que dans sa première moitié, où l’émotion
excusait tout, faisait tout passer.
Voilà je ne sais pas si tout ça est très clair – je pense au
final que c’est un film que j’ai plus envie
d’aimer que je ne l’aime réellement, j’adorerais
qu’il ouvre une brêche, qu’il donne envie à
d’autres réalisateurs de plonger en eux-mêmes, dans leurs
obsessions, sans réfléchir ou se brider. Moi il me donne cette
envie en tout cas – et c’est déjà pas mal.