Bon, eh bien après Obsession, L'esprit de Cain et
ça, il est désormais clair que j'adore De Palma. Voilà, c'est dit.
Il y a ici une manière de jouer avec la mise en scène de
manière très virtuose et consciente de sa virtuosité, qui peut
clairement en effet apparaître comme de la distance – sauf
que s’y superposent des émotions humaines, un propos sur la
mise en scène qui amène toujours le spectateur à remettre en cause
ce qu’il est en train de regarder, pourquoi il le regarde, ce
qu’il ressent et pourquoi il le ressent, sans jamais
justement que ça n’enlève de l’émotion.
Ce qui est passionnant dans Carrie n'a rien à voir
avec le gore et tout avec la réflexion du film sur la place du
spectateur: on "est" du côté de Carrie, pourtant on sait que
quelque chose se trame contre elle, on est curieux de savoir ce que
c'est... on a un temps d'avance constamment sur elle, c'est à la
fois très malaisant et c'est à la fois ce qui rend l'histoire si
captivante... Le film nous met entre deux chaises (de quel côté est
t-on vraiment, du côté du personnage... ou du film qui lui prépare
un sale coup ?) , et use de sa théorie cinématographique pour dire
des choses qui dépassent de très loin la simple théorie.
Au-delà de ça, putain, je trouve difficile de ne pas être
absolument bouleversé par l'abandon total de Sissy Spacek à son
personnage et à son insondable détresse. Je crois pas avoir autant
souffert avec un personnage depuis des lustres. J'en ai encore les
boules, vraiment. Grand film en forme de cri d'angoisse
paranoïaque.