La mise en scène de Claire Denis est époustouflante, tout ne
tient que par elle - et par le montage. J'adore les multiples
interprétations qu'on peut donner à l'histoire et au titre du
film... Lavant est extraordinaire... Le travail sur les corps,
l'utilisation de la musique... c'est vraiment un film qui a une
personnalité unique. 

Arrêt d’autobus – Joshua Logan
Y a des prémisses d’Apatow et de Rohmer dans ce
western.
D’ Apatow parce que c’est l’histoire d’un
gros blaireau, style brute épaisse, inadapté à la vie sociale, qui
s’enamourache d’une chanteuse et se prend en pleine
tronche pour la première fois le désir et les sentiments. Et que
c’est observé avec humour et générosité.
De Rohmer parce qu’on y scrute les allées et venues du désir,
le jeu de la séduction, les questions qu’on se pose quand on
veut aller vers l’autre, sans être trop sûr d’avoir
envie d’y aller non plus ; ou qu’on veut carrément le
fuir, mais quand même aussi rester un peu. (enfin ça concerne un
personnage, celui de Monroe en l’occurrence, l’autre ne
s’encombre pas trop de ce genre de considérations.
)
C’est plaisant, drôle, dynamique, enlevé, mignon pendant une
grosse heure, après ça devient carrément bouleversant. Peu de films
d’amour ont réussi à me tirer des larmes, celui-là en fait
partie.
Ca m’a donné envie de revoir des passages d’un autre
des rares films d’amour qui réussissent à me tirer des larmes
:

Pfff, que dire. Qu’il fait partie depuis des années de mes
films préférés de tous les temps, et que si par moments il
s’échappe un peu de moi, il me suffit de le revoir pour me
rappeler pourquoi. Que je n’attends pas de connaître une plus
belle excitation cinématographique que la scène de danse sur le
Pont-Neuf, que je n’attends pas de scène qui me fasse un jour
plus chialer que celle de la visite à la prison. Que je
n’attends pas de plus beau couple que Binoche et Lavant, que
je n’attends pas d’acteurs qui donnent plus de sens au
mot « incarnation » qu’eux dans ce film-là. Que comme toutes
les œuvres d’art que j’aime, il m’apprend
quelque chose sur moi à chaque fois que je le vois, et qu'il me
donne du sens, envie de croire. Voilà, je vais arrêter là pour ne
pas dire trop de platitudes, mais ce film m’apporte des
réponses, quelque part, il est vraiment inscrit en moi.

Le livre doit être génial.
Le film m’a globalement tapé sur le système.
A chaud, j’ai l’impression que Scorsese a un peu planté
son Esprit de Caïn à lui. Là où De Palma avait réussi le
pari d’un grand film sur la folie en utilisant les clichés de
la folie (outrance de la mise en scène, grimaces des comédiens,
porte nawak’ absolu de l’intrigue), Marty se sert des
mêmes éléments sans aucune grâce. De Palma réussissait le tour
d’acrobatie de passer par les clichés éculés du sujet pour
toucher le sujet, Shutter Island n’y parvient pas,
il aimerait s’élever au-delà des clichés mais reste à leur
niveau. J’ai souvent eu l’impression d’un film
vulgaire, grossier. Je n’ai jamais, ou si peu, été ému,
emporté. Peut-être les scènes de rêve, allez.
Bon, la dernière demi-heure est réussie, et le twist final
convaincant (on est loin de sinistres trucs comme Identity
à mon humble avis, ici c’est la révélation qui donne un
contenu au film et non l’inverse), on en sort quand même avec
quelques questionnements qui donnent l’impression de ne pas
avoir complètement perdu son temps. Le livre doit être génial,
quoi. 

Ca me transporte pas plus que ça mais j’aime assez,
sympathique premier film, plutôt original et gentiment déglingué.
Je ne connaissais pas Valeria Bruni-Tedeschi, j’en entends
souvent dire du mal mais ici sa fantaisie et sa fraîcheur apportent
un souffle – je ne connaissais pas non plus Laurence Ferreira
Barbosa, elle a un regard et un certain style, à suivre.

Hé hé, ça cartonne sévère, ça. 
Toujours cette patte fraîche, drôle et originale qu’on
trouvait dans Les gens normaux n’ont rien
d’exceptionnel. Celui-là est plus efficace, plus
maîtrisé dans ses effets et ses ambiances (Paris au mois d'août,
c'est tout à fait ça... l'horreur, quoi.
), contient une dramaturgie plus
prenante et aboutie, raconte d'avantage quelque chose. On y
retrouve le même thème, celui de la folie... Mais observé sous un
angle absolument opposé : là où le précédent portait un éclairage
complice et tendre sur des personnages totalement névropathes,
celui-là montre au contraire des gens sains victimes des
persécutions d’un paranoïaque. Dans le premier le fou était
le fantaisiste, l’innocent, le pur ; ici le fou est celui qui
dérange, emmerde, fait peur. J’ai vraiment plus de sympathie
pour le regard du premier et je n’arrive pas vraiment à aimer
celui-là, même si la contradiction entre les deux éléments du
dyptique produit quelque chose d’intéressant – dans ce
qu’elle exprime des questionnements de son auteur sur le
sujet.
Ah, dernière chose : j’ai à mon grand étonnemment trouvé
Balibar sexy par moments.













