Certains se demandaient ici il y a quelques jours quel était le
sens du film, d’autres suggérant que ce pouvait être tout
simplement "la guerre c’est mal" .
C’est marrant, pour moi, jamais, à aucune seconde, ce
n’est le propos du film (pas plus que de dire de la guerre
que c’est bien, d’ailleurs).
J’ai eu l’impression de revoir Point Break :
l’histoire d'hommes en recherche permanente
d’adrénaline. Kathryn Bigelow traite à nouveau ce thème du
besoin de flirter avec le danger, pour se sentir vivre plus
intensément, la dépendance et l’addiction au risque qui en
découlent.
Cela fait de Démineurs une oeuvre profondément honnête à
mon avis : si j’ai très souvent l’impression que les
films sur la guerre font semblant de la dénoncer pour mieux en
faire un spectacle, ici l’excitation de la violence, la
décharge d’hormones qu’elle peut procurer, est le sujet
même, à travers l’histoire d’individus pour qui le
combat et la mort sont littéralement devenus une drogue.
Le film nous montre ainsi les montées de cette drogue, tout comme
les descentes : chacun aura à en payer le prix, qu’il soit
physique, psychologique ou relationnel.
Alors je ne pense pas que Démineurs soit irréprochable, le
sentiment d’urgence procuré par sa brillantissime mise en
scène se serait exprimé à plein potentiel si le film avait été un
peu plus resserré, et équilibré : dommage à cet effet de ne faire
éclater la hargne, l’angoisse et la détresse de ces
combattants qu’à la fin, là où d’autres moments comme
ceux-là, mieux disséminés auraient permis une meilleure respiration
(et m’auraient évité deux/trois décrochages, causés par une
action trop sans cesse soutenue).
Mais d’une part je pense que c’est un film riche, sans
doute très intéressant à revoir pour mieux examiner la manière dont
chaque personnage gère (ou ne gère pas) justement ce rapport à
l’adrénaline, d’autre part, pour une fois qu’un
film qui m’apparaît vraiment subversif sur la
nature humaine rafle un oscar, je vais pas m’en plaindre.